Louise Lenoble: funambule d’altitude

La Highliner professionnelle Louise Lenoble du film Pathfinder – Life Beyond Fear a réussi à maîtriser ses peurs. Celles qui la terrifiaient quand elle a marché ses premiers pas sur une sangle de 2,5 cm de large, à 200 mètres au-dessus du vide, telle une véritable funambule d’altitude.

Après des études en médecine à Strasbourg, c’est maintenant à Briançon, dans les Alpes, que Louise Lenoble s’est installée. C’est de cette ville nichée au pied du Parc National des Ecrins et du Parc Naturel Régional du Queyras, où dominent des sommets de plus de 3000 m, que l’équipe du Festival a échangé avec cette funambule des temps modernes.

La peur a été un moteur dans ma pratique lorsque j’ai débuté. Aujourd’hui, elle n’est plus présente de la même façon. Ce n’est plus la peur incontrôlable que j’ai vécue lors de mes débuts, une peur primitive de la mort, un instinct de survie qui me disait : «mais qu’est ce que tu fais ici à 200 mètres au dessus du vide sur ce bout de textile de 2,5 cm de large?». Je savais que j’étais attachée et que je ne risquais rien, mais je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie que lors de mes débuts en highline, j’en pleurais. C’est cette émotion incontrôlable qui m’a fait me dédier de façon proportionnelle en intensité à la pratique de cette discipline. Je voulais comprendre pourquoi j’avais peur, si je pouvais la contrôler et je cherchais à dépasser mes limites.

À partir du moment où j’ai senti diminuer cette peur – avec patience, persévérance et d’innombrables essais d’exposition au vide – j’ai pris le dessus sur mes émotions. C’était il y a quatre ans et ma passion n’a jamais diminué. Aujourd’hui, je qualifie la peur de plus modérée. Je ne peux pas comparer la peur que j’ai ressentie à mes débuts avec la peur que je ressens aujourd’hui. C’est une peur maîtrisée et je la compare plus à de l’excitation.

Est-ce que ça prend quelques graines de folie pour faire de la highline?

Graine de folie ? Je pense que c’est ce que l’on voit de l’extérieur quand on ne connaît pas la highline et la sécurité de ce sport. Peut-être faut-il une petite graine de folie au départ, mais je parlerai plutôt de «tête sur les épaules».

Il m’a fallu beaucoup de courage pour débuter et des réflexions très personnelles sur moi-même et sur mes choix de vie. J’ai découvert la force immense de mon esprit jusque-là inconnue et une maîtrise de moi qui m’a fait questionner ma vie personnelle en dehors de la highline. Me confronter à des émotions si intenses et parvenir à les maîtriser, ça m’a permis de toucher le bonheur. Un bonheur que je recherche dans tous les actes de la vie quotidienne tout en faisant le tri dans mes priorités.

Vous pratiquez dans des lieux variés – parfois en collaboration avec Slacktivity – au Moléson en Suisse, au-dessus de Monaco et même l’hiver alors qu’il neige?

On peut pratiquer la highline dans toutes sortes de conditions et de lieux: désert, falaise en montagne, building en ville, au-dessus de l’eau. Chaque lieu est unique et amène des souvenirs incomparables. On peut aussi décider d’installer différents types de lignes, de très longues highlines – j’ai participé à des highlines de plus d’un kilomètre dont une, avec Slacktivity, qui avait 2,9 km! Il y a aussi des lignes très élastiques pour faire des figures (elles font en général 50 m de longueur). Il existe une infinité de type de highlines et selon ton désir du moment, tu vas installer une ligne élastique, ou bien longue, ou bien courte dans un endroit très beau et inaccessible.

L’expérience vécue est très intimement liée avec le cadre qui entoure la highline. La communauté de highliners est très soudée et bienveillante. Peu importe l’endroit du monde où je me trouve, je sais que je peux rencontrer la communauté locale et que je serai toujours accueillie comme une amie. Ma passion de la highline découle autant du sport lui-même que de la beauté du lien social qu’il crée. Je suis inspirée en permanence par les personnes que je rencontre grâce à ce bout de sangle. Des personnes qui partagent la même passion que moi.

Pourquoi se placer dans des situations à risque?

Pratiquer la highline n’est pas risqué. Au contraire, c’est un sport peu dangereux. Je me suis plus souvent blessée en pratiquant la slackline au-dessus du sol que la highline au-dessus du vide. Au-dessus du sol, on peut se tordre la cheville ou se casser les poignets en tombant. En highline, comme on ne chute que de quelques mètres dans le vide, c’est plus rare de se faire mal. À mes yeux, faire du ski ou conduire une voiture est plus risqué que de faire de la highline. Évidemment, il faut connaître les règles de bonnes pratiques et d’installations sinon on peut créer des situations à risques, comme dans toutes autres disciplines.

La pratique féminine se distingue-t-elle de celle des hommes?

La highline est le seul sport que je puisse citer où le record du monde de longueur est détenu par un homme et une femme. C’est une native de Vancouver, Mia Noblet, qui détient ce record avec une distance de 2 000 mètres*. (NDLR: Un record qu’elle partage avec l’Allemand Lukas Irmler.) C’est bien la preuve que la différence physique n’est pas décisive. La force mentale des hommes et des femmes est égale.

J’ai personnellement une préférence pour les figures en highline, plus que pour la longueur. Dans ce dernier cas, la force peut faire une différence entre homme et femme. Mais ça ne m’empêche pas de me comparer avec les meilleurs hommes qui font des figures en highline. En fait, je dirais même que c’est aussi eux qui peuvent se comparer à moi!

La highline est un monde majoritairement masculin même si la balance commence à s’équilibrer. J’en ai fait beaucoup uniquement avec des hommes, mais certains de mes meilleurs projets étaient des lignes entourées de femmes, ou du moins, à part égale avec les hommes. L’esprit est différent, j’ai découvert une solidarité féminine magnifique et j’ai été très inspirée par des rencontres avec des femmes rayonnantes. Je réalise aussi, grâce au retour que les femmes me donnent, que mes réalisations ont inspiré profondément certaines femmes. Une inspiration que j’ai moi même reçue par des hommes et des femmes.

Croyez-vous que les femmes abordent la notion de risque de la même façon que les hommes?

J’ai du mal à répondre à cette question, car je ne peux pas trouver d’exemples. Je dirais que que la différence homme/femme est peu marquée en highline. La mentalité générale des hommes est bienveillante et à l’écoute, plus que dans le monde quotidien. Cela vient peut-être du fait qu’en tant que highliner, nous sommes très à l’écoute de nos émotions?

Y a-t-il d’autres points que vous croyez importants de partager avec ceux et celles qui regarderont votre film bientôt?

Installer une highline dans des conditions hivernales comme celles que nous avons vécues, et réussir à se trouver sur la highline au moment de l’aurore boréale, c’était un challenge! Les aurores boréales ne durent parfois que quelques minutes et nous n’avions parfois pas le temps d’aller sur la sangle, ou dans d’autres cas, les nuages gênaient la visibilité. Le véritable challenge était à mon avis le volet caméra. En plus de devoir se trouver sur la ligne au bon moment, il fallait que les caméramans aient eux aussi le bon angle pour filmer. Ils devaient être au bon endroit au bon moment. Beaucoup de choses à prendre en compte, ce qui rend l’accomplissement d’autant plus satisfaisant.

(*) Le 23 septembre 2018, six athlètes internationaux ont battu le record de longueur en marchant une ligne de 2 000 mètres à 220 mètres de hauteur, à la mine Jeffrey (Asbestos, Québec). Les athlètes étaient: Samuel Volery (1h34), Mia Noblet (2h05), Friedi Kühne (1h25), Guillaume Fontaine (1h40), Anthony Boulay (1h50), Anthony Hotte (1h10). La traversée a été effectuée sur la sangle « Y2K » de Slacktivity, créée spécialement pour battre des records de longueur grâce à sa faible élasticité et de sa légèreté. Grâce à ce record du monde, il n’y a plus à faire de différence entre le record féminin et masculin.

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